le stagiaire mou

J’ai un ami très proche, avec qui j’ai passé mes années de primaire, de collège et de lycée, qui est fils d’un radiologue. Son père issus d’un milieu bourgeois aisé n’a jamais caché à ses trois fils la façon dont les révisions se passaient lorsqu’il faisait ses années de médecine. Il utilisait des amphétamines qu’il trouvait dans des médicaments pour couper la faim. Ce père de famille, un notable de ma ville d’origine possédant son propre cabinet de radiologie, ne négligeait aucun détail lorsqu’il décrivait ses expériences même en présence de ses fils. Les amphés l’empêchait de dormir, mais également de pisser, augmentait considérablement ses capacités intellectuelles et le laissait dans un état physique déplorable une fois les partiels terminés. Mon ami m’a raconté plusieurs fois cette histoire et à chaque fois on voyait briller dans son regard l’admiration qu’il avait pour son père. Une anecdote voulait qu’un jour de partiel, son père se soit retrouvé en pleine descente, et si les amphétamines décuplaient ses facultés intellectuelles, la descente avait l’effet inverse. Après un instant de panique, il avait été obligé de sniffer à même la table d’examen pour pouvoir terminer son travail.

Une fois le Bac en poche, lui et moi avons fait une année de fac dans la même section à l’université de Besançon, année que nous avons raté tout les deux. Pour lui, dont la psychologie, de par son background, était naturellement orientée vers la réussite sociale, nous n’aurions pu échouer si l’on avait su se procurer les substances nécessaires. C’est fort de ce constat qu’il décida de se réorienter vers un milieu qui se donnait les moyens, les beaux arts. Il passa un an à faire une mise à niveau à Belfort avant d’intégrer l’école des beaux-arts de Dijon. Ce fut une petite tragédie pour ses parents qui voyait désormais en lui le seul looser de la famille : son frère cadet fréquentait depuis ses seize ans les « free party, avait eu son bac avec la mention bien et rentrait en fac de médecine ; et le benjamin cartonnait en première S. Mais Pierre, puisque c’est son nom, n’avait pas dit son dernier mot et aujourd’hui avec le recul, on pourrait croire à un plan de carrière mûrement réfléchi.

Il passa trois ans aux beaux arts dans l’oisiveté qu’impose cette formation et cela avec un ramassis de camés avec lesquels il fit ses armes. Il fut d’abord attiré par le design, car même s’il l’art fondamental avait pu l’attirer, il demeurait trop rationnel pour envisager un quelconque avenir dans cette branche. A partir de cette époque nos rapports se sont distancés, puisque ses soirée commençaient quand les miennes frisaient le coma éthylique : S’il venait à une beuverie s’était pour patienter en attendant une heure du matin, heure à laquelle il prenait sa voiture à la recherche d’une « free » sur laquelle on l’avait rencardé. Les quelques fois ou je l’ai accompagné j’était bien évidemment soûl et je m’endormais avant d’arriver à destination. A mon réveil, en général au levé du jour, je le retrouvait les traits tirés, les yeux exorbités, au milieu d’une foule de zombies dansant mécaniquement sur des rythmes non moins mécaniques. Pour être honnête les personnes que l’on trouve dans ce genre de soirées ne sont pas des modèles de réussite sociale, mais c’est uniquement parce qu’ils n’ont pas le pedigree, la flèche pointée vers le haut qu’avait Pierre dans le cerveau. Si vous donnez une formule 1 à quelqu’un qui ne sait pas conduire, il a plus de chances de se cracher que de devenir champion du monde. Sans être plus intelligent ou plus bête que la moyenne Pierre ne pourra trouver la paix qu’une fois un certain niveau social atteint, et pour atteindre son but il avait la conviction qu’il devrait atteindre une maîtrise de lui que lui donnerait les drogues. Alors que je lui rendais visite à Dijon, il m’avait confié qu’il travaillait beaucoup le soir sous héro, que ça le détendait, il m’avait également conseillé de me mettre à la drogue après m’avoir vu descendre 2 litres de bière en une heure.
Enfin bref ce qui devait arriver arriva, son petit frère eu son bac avec mention et rentra également en médecine, l’autre passa avec succès sa première année en révisant sous coke et lui intégra, après s’être nettement démarqué de ces camarades loosers des beaux-arts, une prestigieuse école d’architecture à Paris. C’est à partir de là que j’ai pris conscience de ce que la drogue apportait, au delà de l’image classe dont jouissent les camés. La drogue c’est la maîtrise de sa physiologie donc de son esprit et son corps. C’était ce que ce bon docteur avait instillé très ostensiblement à ses fils. Et c’est à peu près ce que nous crie la télévision à longueur de journées « DROGUEZ VOUS ! DROGUEZ VOUS ! » (ça et « baisez des bonasses »). Tous ces cinquantenaires maigrichons. Tous ces comiques exaltés.
Quand Ardisson reçoit un ancien tox has-been qui tente de faire son coming-out, il ne manque jamais de lui faire une remarque pour lui signifier qu’ils sont passé par la même étape et d’après moi c’est également un clin d’œil aux personnes perspicaces savent comment ils ont réussi.
La rationalisation du monde ne peux que pousser les gens à vouloir optimiser les processus chimiques qui font fonctionner le corps humain.
Le rock, le rap, la musique en général, la littérature, le monde entier se drogue. A une époque il y avait le rock qui véhiculait son lot de drogués mais les sportifs restaient clean, à l’heure actuelle les sportifs de haut niveau vivent moins longtemps que les rock-stars tellement ils se chargent pour agrandir leur pénis.

J’ai eu un autre ami prénommé guillaume qui était footballeur au club de Clairvaux-les-Lacs ainsi qu’interne au même au lycée que moi. A son arrivée en seconde il ne fumait pas, ne buvait pas, c’était un beauf complet et heureux. Lorsqu’il eut son bac après avoir redoublé sa terminale il picolait et fumait autant de joints que nous. Alors que je le recroisais quelques mois plus tard et il me confia qu’avec ses potes il sniffait de la « rabla ». Pour avoir lu tout ce que je trouvais sur les drogues étant lycéen je lui appris que c’était de l’héroïne. Ce fut une surprise, son pote qui leur ramenait ça par l’intermédiaire d’un de ses collègue n’était pas au courant non plus. L’héroïne ne jouit pas de l’image festive que peuvent avoir la cocaïne ou l’extasie, aussi il a-t’il été pris de remords, ce qui n’empêchât rien. Il s’était mis à la guitare à peu près en même temps qu’à la drogue, et le mécanisme de réussite ne manqua pas de s’accomplir : il créât un groupe de jazz manouche avec une amie lesbienne très mignonne dont il était amoureux. Ils eurent une aventure courte et compliquée mais même après leur rupture il restait épris de cette fille… Le jeune pecnot qu’il avait été transformait son existence en une histoire romantique d’amour impossible et de drogue, de musique et de bohême. Il avait abandonné les études après s’être fait arrêter par la BAC avec de la coke, de l’héro et quelques plombs, son dernier projet rationnel ( rentrer dans la fonction publique) tombait à l’eau. Il ne sera jamais prof de sport, peut-être gagnera t’il un jour de l’argent avec sa musique.

Lors d’une soirée passé chez Guillaume, j’en était venu à parler de leurs pratiques toxicomanes et son amie me sorti la litanie par laquelle ils se justifiaient (c’est mon interprétation). Ce type de litanie devaient exister pour à peu près chaque addiction ( « je fume des joints pour me dé-stresser » « je picole que le week-end » etc.). Pour elle « l’héroïne était certes une drogue dangereuse mais on pouvait passer toute sa vie avec… Ray Charles s’est camé jusqu’à ce que récemment sa nouvelle copine le force à décrocher. » Plus tard au cours de cette soirée on m’a proposé d’en sniffer, j’ai accepté. J’était déjà passablement bourré et je n’ai rien ressenti de spécial, de toute façon mes souvenirs de cette soirée ont étés pour la plupart effacés par l’alcool, comme pour la plupart des fêtes auxquelles j’ai pu participer. J’eu par la suite l’occasion de sniffer plusieurs fois (en quelques mois j’ai eu l’impression que tout le monde s’était mis à sniffer de l’héro). Je m’était senti bien, j’avais regardé la télé mais j’aurais pu faire autre chose. Bien. Mais si l’effet se résumait à ça, ça ne devait pas être bien méchant. Tout le monde devait sniffer un vague truc complètement coupé, ou alors ça valait pas le coup de se niquer la santé.
Aujourd’hui si mes passe temps se concentrent autour de l’alcool, il en avait été différemment au lycée, où toute mon énergie était consacrée à la fume. Je fumait le matin à 8h, à 10 h, le midi etc. J’en achetais, j’en vendais, j’en prêtait, j’en taxait et j’en rêvait même qui abondait et J’aimais tout sauf l’effet, j’ai mis longtemps avant de m’en rendre compte, au moins cinq ans

La vie n’est pas affreuse, ça a peut-être été vrai par le passé : dans les mines de charbon au XIX° ; ou dans d’autre partie du monde : les bordels en Asie du sud-est. Si le corps humain ne secrète pas assez d’hormone de plaisir pour être heureux, on sait aujourd’hui y remédier. Il existe des substances, si vous êtes trop terre à terre prenez de l’acide, si vous êtes fainéant prenez des amphés. Les états unis qui ont des mœurs 20 ans en avance sur nous se bourrent de pilules variés et adaptées, dès leur plus tendre enfance les petits américains jongle avec Ritaline, Zoloft, Luvax et autres Paxil.

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