Gypsophilie, paraphilie et autre !

« Depuis ma tendre enfance, je suis en admiration devant les personnes plâtrées que je vois marcher en béquilles. D'où me vient cette admiration ? Difficile de l'expliquer avec précision mais pourtant je sais que cela est avant tout une question de sensibilité.

J'adule la fragilité qui est conférée par le plâtre, c'est ce qui touche de prime abord ma sensibilité. En voyant un superbe plâtre lisse et blanc et de jolis orteils dénudés au bout de ce plâtre, je parviens à en déduire immédiatement si cette personne est dotée ou non de sensibilité, de force et fragilité, de sensualité.

Depuis de nombreuses années, je me surprends également à rêver d'avoir une jambe plâtrée et marcher en béquilles.

En plus de ma sensibilité, cela stimule également ma sensualité jusqu'à faire naître des pensées érotiques. Pour moi, il n'y a rien de plus sensuel et attendrissant que de laisser ses orteils nus au bout du plâtre. En avouant cela, je ne pense pas faire preuve de cruauté ou de sadisme. L'idée de souffrance me fait horreur mais lorsque je vois quelqu'un avec un membre plâtré, ma sensibilité canalisée par une étrange et puissante force intérieure galvanisent mon envie de me montrer protectrice, encore plus tendre et câline. Si j'imagine être plâtrée, je rêve de caresses douces et sensuelles, de jeux érotiques, également d'être noyée d'amour.

J'ai longtemps laissé ce rêve enfoui en moi car je ne me comprenais pas vraiment et avais peur d'être un peu dingue. A certains moments difficiles de ma vie, je rêvais d'avoir de très graves fractures et un plâtre pendant de longs mois afin que la vue de mon plâtre m'accorde un peu de répit, comptant sur l'empathie et la compassion de mon entourage. J'étais parfois à deux doigts de me jeter dans les escaliers ou même prendre ma voiture pour m'encastrer dans un mur. La raison reprenait toujours le dessus et je ne pouvais me résoudre à ces actions qui apparaissaient à mes yeux comme de la faiblesse, voire de la lâcheté.

Puis j'ai rencontré une amie avec qui j'ai pu parler librement de tout cela. Elle est psychologue et m'a beaucoup aidé à me connaître et me comprendre. Je sais que je ne suis ni dingue ni névrosée et parle volontiers de cela avec les personnes qui partagent les mêmes affinités que moi. Qu'en pensez-vous ? Avez-vous déjà eu des cas similaires ?»

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Alors qu’en dire ? Tout d’abord, que ce n’est pas bien grave et que j'ai eu quelques très rares cas de personnes ayant ce genre de penchants dans mon cabinet. A moins d’imaginer qu’il existerait un être humain normal, ne faisant que des choses normales, n’ayant que des attirances normales, vers lequel on doive tendre, force est de constater, que tout le monde a des zones d’ombre sans que cela ne soit forcément grave. Dans les faits, ce sont plus souvent les conséquences psychologiques qui sont à redouter, que les zones d’ombre elles-mêmes.

Alors déjà, en psychopathologie, il va falloir nommer ce dont souffre cette demoiselle. Quel nom donner à cette curieuse attirance ? Déjà il s'agit d'aimer le plâtre ! Alors, le plâtre médical, comme tous les plâtres, quels qu’ils soient, est réalisé à partir de gypse, roche sédimentaire abondante, que l’on broie finement et dont on ôte les impuretés. L’étymologie du mot gypse, étant gypsum en latin, lui même issu du grec gypsos, c’est cette dernière racine que je garderai. Puisque la demoiselle aime le plâtre, je rajouterai le suffixe grec philos, signifiant aimer, et me voici l’auteur d’un nouveau terme : la gypsophilie.

Reste maintenant à quoi rattacher ce terme que l’on ne peut décemment laisser isolé. Dans la mesure, ou il est teinté d’une forme d’érotisme et qu’il est peu courant, voire anormal, par rapport à la sexualité classique, on pour rattacher la gypsophilie à la catégorie des paraphilies.

Mais avant de poursuivre sur la paraphilie, je m’arrête un instant pour conclure sur le cas de cette jeune femme en lui disant qu’a priori, ce qu’elle évoque n’est pas d'une grande gravité. Compte tenu de mon expérience clinique de ce type de comportements, je suis prêt à parier, que cette jeune femme doit avoir un abord extrêmement froid et masculin tandis qu’elle doit être en réalité hyper sensible.

J’imagine que si elle a une famille, soit on s’est désintéressé d’elle, au motif qu’on a toujours imaginé qu’elle s’en sortirait seule du fait de ses capacités ou parce qu’un membre de la fratrie mobilisait trop ses parents. Ou alors, elle peut ne pas avoir eu de famille proche, ce qui fait que dans des moments de crises, personne ne lui ait venu en aide l’obligeant toujours à ne compter que sur elle-même. Dès lors j’imagine que ce fantasme du plâtre intervient de manière symbolique pour faire comprendre aux autres sa souffrance et son besoin d’être parfois prise en charge par autrui. De plus je l’imagine plus intelligente que la moyenne et sans doute enfant précoce ou surdouée. Son fantasme en lui-même ne pose aucun problème. Toutefois je l’engage pour vivre mieux à canaliser sa sensibilité de manière à faire coïncider son apparence comportementale avec son intimité psychologique, ce que Carl Gustav Jung aurait appelé intégrer son animus (Je ferai un article sur ce sujet).

Voilà ! Vous aurez noté au passage, combien je suis balèze en profilage ! Si le FBI recrute et qu'ils ont les moyens pour s'attacher les services d'une star, qu'ils me contactent !

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Mais puisque j’ai évoqué le terme : qu’est-ce qu’une paraphilie. Hein, qu'est-ce donc que cela vous demandez-vous ?

La paraphilie est un terme utilisé dans la psychiatrie américaine puisqu’il est évoqué dans le DSMIV et qui désigne toute conduite sexuelle déviante. Le terme de paraphilie peut donc désigner, suivant qu'on l'emploie dans le sens fort ou faible, soit toute pratique sexuelle différente de l'acte sexuel hétérosexuel le plus classique (la pénétration du pénis dans le vagin).

Les paraphilies sont ce que l’on a coutume d’appeler des perversions sexuelles. La pertinence clinique de ce terme est difficilement opérante dans la mesure ou il fait référence à des pratiques difficilement observables et donc méconnues et surtout non quantifiée statistiquement. Or avant tout, la normalité et une affaire de statistiques. De plus, l'être humain, étant capable d’avoir des rapports sexuels en dehors des chaleurs des femelles, il semble logique qu’il utilise son néo-cortex sophistiqué, pour faire fonctionner sa machine à fantasmes. Dès lors déclarer que tel fantasme relève d’une pathologie mentale est difficile.

Si la seule attirance ou le fantasme paraphilique n'est généralement pas condamnable dans les sociétés modernes, surtout en occident, les actes que peuvent induire certaines paraphilies sont souvent réprimés par la loi. En règle générale, on admettra que toute relation sexuelle, quelle qu’elle soit, réalisée entre adultes consentants est admise.

De ce fait, on admet qu’une paraphilie existe quand la condition spéciale est toujours nécessaire. De ce fait, une personne qui est aussi capable d'avoir des relations avec quelqu'un qui ne possède pas la caractéristique particulière n'est pas un paraphile, il a simplement une préférence sexuelle.

Dans les manuels et publications médicaux et psychologiques, le terme « normal » signifie « habituel », c'est à dire, qui appartient à l'état de la majorité définie d'un point de vue statistique. Le terme "normal" ne signifie pas nécessairement « bien » ou « bon », mais est employé simplement pour dénoter ce que la plupart des personnes sont ou font. La paraphilie est donc une activité sexuelle « anormale ».

Un paraphile se distingue par une préoccupation liée à un objet ou un comportement au point d'en dépendre totalement pour parvenir à une satisfaction sexuelle.

Par exemple le fétichisme, masochisme, voyeurisme, exhibitionnisme, etc., sont des paraphilies.
Le terme reste toutefois à employer avec prudence car souvenons-nous que jusqu’à une date récente l’homosexualité était une paraphilie et donc une perversion sexuelle et présente telle quelle dans le DSM.

De toute manière, la paraphilie dès lors qu’elle ne contrevient pas à la loi (comme la pédophilie dans laquelle je rappelle que l’enfant n’est pas consentant) , est avant tout une affaire privée. Pour ma part, chaque fois que j’ai été confronté dans mon cabinet à une paraphilie, la personne était venue :

    • Pour comprendre l’origine de cette pratique sexuelle ;
    • Parce qu’elle endurait des conséquences psychologiques de cette paraphilie qui la plaçait en dehors d’une forme de normalité et les amènent à considérer qu’ils sont pervers ;
  • Parce que l’intensité de la paraphilie était parfois telle, que la recherche de son assouvissement, en faisait un handicap social ;
Alors si nous reprenons les trois points suivants, nous pouvons tenter d’apporter des réponses :
D’où viennent les paraphilies ? Alors là, on se perd en conjectures même si mes confrères psychanalystes adorent ce genre de recherches ! Comprendre comme s’est élaborée la paraphilie me semble non seulement impossible mais aussi sans grand intérêt. C‘est aussi dénué d’intérêt que si vous demandiez à votre généralise préféré de savoir où vous avez attrapé votre rhume !

Les conséquences psychologiques de la paraphilie sont des éléments pertinents qui amènent un individu à souffrir et éventuellement à consulter un psy. Toutefois, Internet en rendant possible le partage de différentes pratiques a brisé la solitude de l’individu paraphile en lui permettant de comprendre qu’il n’était pas seul à avoir ce type de préférences. J’avais déjà évoqué cela dans l’article intitulé « Aux pieds des femmes ». De ce fait, savoir que son penchant est partagé par des milliers d’autres personnes, dilue la culpabilité.

A ce titre il ne faut pas confondre la perversion sexuelle (terme que je trouve abusif) et le comportement pervers ! Ainsi, si l’on reprend l’exemple de cette lectrice gypsophile m’ayant amené à rédiger cet article, on peut faire le distinguo suivant :

    • Soit on apprécie les personnes plâtrées, parce qu’elles sont touchantes et permettent de mobiliser utilement une hypersensibilité généralement occultée, auquel cas, cela n’a rien de grave. Amusez-vous, épousez un(e) handicapé(e) et vivez heureux(se) ;
  • Soit on appréciera les personnes plâtrées, parce qu’elles sont vulnérables physiquement et deviennent dès lors des proies destinées à combler les appétits dignes d’un prédateur sexuel. Dès lors, ce n’est plus le plâtre qui motive le paraphile mais la vulnérabilité. On sort donc de la perversion sexuelle pour entrer de plain pied dans un comportement pervers et c’est fort différent !
Parfois, l’intensité de la paraphilie est intense et amène un individu à être le sujet de pulsions le rendant particulièrement dépendant de sa paraphilie. J’ai pour ma part observé que l’intensité de la paraphilie était directement liée au stress qu’endurait l’individu. Dès lors, la paraphilie ou plutôt le moyen de l’assouvir est une manière de combler plus ou moins le vide d’une vie, de trouver un sens dans des périodes de stress intense, ou simplement de « s'occuper » ou de « se remplir » ! Faire en sorte que l’individu puisse de nouveau agir sur son environnement permet de faire baisser l’intensité de la paraphilie.

On peut aussi rajouter que la paraphilie dès lors qu’elle augmente démesurément devient une dépendance sexuelle et pourrait être un moyen de calmer la souffrance au même titre que tout autre dépendance comme l'alcool, la boulimie, la drogue, etc. Entre un réel difficilement acceptable et lui, l’individu déciderait d’intercaler sa paraphilie qui agirait comme un filtre gommant les moments les plus durs de l’existence. Certains confrères pensent qu’une pourrait être semblable à de l'automutilation, une façon de se punir soi-même et de se rabaisser pour ce que l'on est ou ce que l'on n'est pas, mais je ne partage pas cette thèse.

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Pour conclure, je pense qu’il est impossible de guérir ou de soigner quelqu’un d’une paraphilie et que la plupart du temps ce n’est pas souhaitable lorsqu’elle n’est qu’une simple perversion sexuelle mettant en œuvre deux adultes consentants.

Bien sur cela pose le problème de paraphilies particulièrement préjudiciables telles que la pédophilie ! En outre, on peut aussi avoir à faire à des individus particulièrement pervers, dans les jeux sexuels desquels, l’autre est instrumentalisé et éhontément exploité. Il s’agit alors de sociopathie et l’on entre alors dans une problématique différente car certains de ces individus outre leur perversion sexuelle, seront eux-mêmes de grands pervers sans aucun sens moral.

L’instinct sexuel et ses représentations semblent telle profondément ancrés dans la psyché de l’individu, que toute thérapie semble généralement inefficace. Dès lors rien n’existe pour ces grands pervers. De toute manière, et la psychopathologie criminelle le prouve, on ne peut faire naître une conscience chez quelqu’un qui n’en possède pas.

Ne confondons plus, les perversions sexuelles, qui n'engage que deux adultes consentants, et la perversité qui est quelque chose de gravissime !

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